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Musées de la musique N°2 : La République de Kaluta du grand FELA KUTI.

Bruce Kolade Anderson

Comptant parmi les plus grands artistes africains du XXe siècle, Fela Kuti est un chanteur nigérian ayant marqué l’histoire de son pays. Tour à tour homme de scène puis homme politique, il est souvent mis en avant comme le créateur de l’afrobeat.
Fela Hildegart Ransome est née le 15 octobre 1938 à Abeokuta, Nigeria. Il grandit au sein d’une riche famille, et trouve les sources de sa future personnalité dans celle de ses parents, qui l’ont élevé au biberon du combat politique. Couple emblématique de l’intelligentsia nigériane, son père est un dirigeant syndical et sa mère, femme politique, l’une des premières du continent. De mémoire, aucun musicien n’aura marqué d’un tel impact la vie socio-politique d’une nation, qui plus est la plus puissante du continent.

Nous sommes au Nigeria au début des années 1970. Le pays à peine sorti de la guerre du Biafra connaît un véritable boom pétrolier qui le propulse en quelques mois au rang des premiers pays exportateurs de l’OPEP. Les juntes militaires se succèdent, l’élite et les multinationales se partagent alors les bénéfices de la manne pétrolière dans une corruption généralisée, tandis que les ghettos se multiplient dans la périphérie de Lagos. Dans cette atmosphère où la corruption et l’arbitraire sont loi, émerge un chanteur : Fela Anikulapo Kuti.
Nourri aux idéaux de Marcus Garvey, Malcom X ou Kwame Nkrumah, Fela esquive la carrière de médecine que son père veut lui tracer et fait des études de musique au Trinity College de Londres. Fan de Miles Davis, John Coltrane et Charlie Parker, Fela crée son groupe en 1963, les Koola Lobitos qui empruntent aux sonorités high-life, au jazz ghanéen en vogue depuis les années 1920. L’afrobeat n’en est qu’à ses débuts, il naitra au Shrine, le club ouvert par Fela Kuti en 1970 dans la banlieue de Lagos, dans un cocktail de rythmes, de sueur et de marijuana. C’est d’un voyage aux Etats-Unis et d’une rencontre avec Sandra Isidor, jeune Black Panthers, qu’il ramène le verbe contestataire de sa musique. A son retour, il rebaptise son groupe « The Africa 70 » pour marquer sa volonté panafricaniste. Il se sert de sa musique comme d’une redoutable arme pour brosser un sombre tableau des mœurs socio-politiques.

Ses chansons en pidgin (l’anglais de la rue) ; qui durent en moyenne un quart d’heure sont souvent de virulentes diatribes contre la dictature militaire, la corruption qui gangrène les élites, mais décrivent aussi la misère de la rue et suggèrent à l’Africain qu’il doit conquérir sa liberté par un retour aux sources qui lui rendra son identité et sa vérité. Musicien génial et inspiré, le “Black President” séduit les foules et sa popularité s’étend bientôt au-delà même des frontières du pays grâce à ses tubes qui font de véritables cartons.

Exilé au Ghana à la fin des années 1970, il vit ses plus belles années musicales avec un grand succès à travers l’Europe avec des titres tel “Shakara” (1972). Il revient au Nigéria en 1979, et fonde son parti politique nommé MOP. En pleine campagne pour les élections présidentielles, il est évincé par une arrestation pour possession de cannabis. Emprisonné et torturé pendant cinq ans, il quitte la prison, brisé. Le nom Kalakuta a été adopté à partir d’une des cellules de prison qu’il a occupées pendant sa condamnation, connue sous le nom de Calcutta. Lors de sa libération, il a décidé de nommer sa demeure la République indépendante de Kalakuta, une forteresse au sein de laquelle il compose et réside ; dont la frontière est délimitée par des fils barbelés. Kalakuta signifie « gredin » en yoruba. Il y accueille une société alternative, peuplée de danseuses, de musiciens et d’exclus. Elle sera équipé d’un hôpital gratuit. Puis, Fela enregistre la chanson Zombie en 1976, dans laquelle il critique le pouvoir nigérian. Les soldats y sont comparés à des zombies, car ils obéissent aveuglément, il y dénonce aussi la corruption et l’intimidation de l’état-major. La chanson devient populaire, au grand dam du président, le général Olusegun Obasanjo. Le président est mécontent et refuse une république dans la république. Les journaux nigérians à la solde du pouvoir accusent Fela Kuti et ses musiciens de corruption, de braquages et d’hébergement de filles mineures, qui fuguaient de chez elles, pour résider chez lui. En juin 1977, deux cents soldats prennent d’assaut le Kalakuta. Fela Kuti monarque désarmé ne peut répliquer. Durant l’assaut, Funmilayo Ransome-Kuti, la mère de Fela Kuti, est défenestrée, elle mourra de ses blessures après huit semaines dans le coma.

L’année suivante, Fela Kuti organise son mariage avec 27 de ses choristes au cours d’une grande cérémonie dans le bureau de son avocat, Tunji Braithwaite, pour fêter le premier anniversaire de la destruction. Le mariage est interdit. Deux jours plus tard, le 20 février 1979, il le fait en secret dans l’ancien Parisona Hotel. Il déménagea ensuite dans un immeuble de trois étages à Lagos. Infecté par le sida, il meurt le 2 août 1997, mais laisse à la postérité plus de trente ans de carrière et une conscience politique.

En 2012, sous l’impulsion de Yeni Kuti, la demeure va entamer sa transformation en musée à l’image du « Graceland » d’Elvis Presley. Elle est devenue un musée :     le « Kalakuta Museum » depuis le 15 Octobre 2012, date marquant son 74ème anniversaire de sa naissance. Le Kalakuta Republic Museum est une initiative de l’ancien gouverneur de Lagos Babatunde Raji Fashola.

Elle a été reconstruit pour aider les gens à comprendre la vie et la lutte de la légende d’afrobeat Fela Anikulapo Kuti, et depuis lors est géré par Total Consult Limited. Bien que l’aménagement ne soit pas terminé, le musée est tout de même ouvert au public. Ce sont plus de 3000 habits, des photographies, des chaussures et caleçons, des œuvres d’art disposés dans chaque pièce. Les photos prises avec des appareils photos y sont interdites, cependant le guide peut vous autoriser à prendre une ou deux photos avec votre téléphone portable. Chaque mur est décoré par des photos retraçant la vie de l’artiste depuis son enfance jusqu’à ses derniers moments de gloire sur terre ou encore par des peintures ou autres œuvres le représentant. Sur le toit se trouve un petit espace pour écouter les disques du génie musical et cela tout en se désaltérant avec des boissons achetées au petit bar installé à cet effet.
La tombe du musicien, en forme de pyramide s’élève devant le bâtiment, situé sur une route étroite.

‘’Il a été enterré là parce que nous voulions faire de cet endroit un musée après sa disparition avait expliqué sa fille Yeni Kuti.’’

Faits sur Fela Anikulapo Kuti
– Il a créé son propre parti politique, le Mouvement du peuple
Fela Anikulapo Kuti a inventé l’afrobeat
– Il a changé son nom de famille de Ransome à Anikulapo Kuti
Fela a épousé vingt-sept (27) femmes en un seul jour. Ses musiciens et danseurs de soutien étaient principalement ses épouses.

Objets non autorisées au Musée de la République de Kalakuta
1. Pas de drogues
2. Pas d’appareils photo professionnels, mais vous pouvez utiliser les appareils photo de votre téléphone
3. Pas de pantoufles dans le bâtiment.
4. Les enfants ne sont pas admis dans le salon sur le toit

Emplacement du musée de Kalakuta

9, Gbemiola Street, Allen Avenue, Ikeja, Lagos, Nigeria.

 

 

 

 

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